Analyse de la contribution de Marielle de Sarnez à l'ouvrage "Femmes Hommes, enfin l'égalité ?"

Dans un ouvrage collectif à paraître le 9 février, intitulé « Femmes Hommes, enfin l'égalité ? », Marielle de Sarnez, directrice de campagne pour François Bayrou, expose sa vision de l'égalité femmes-hommes, et les propositions du MoDem en la matière.
Des écarts salariaux de l'ordre de « 20% dans le secteur privé », 26,5% de femmes dans le gouvernement, 2,3 millions de femmes pauvres et de trop nombreuses agressions physiques et sexuelles commises chaque année. Les statistiques avancées par Mme de Sarnez dans son exposé corroborent les analyses d'OLF et de nombreuses autres associations féministes : l'égalité femmes-hommes, dans tous les domaines, reste encore un objectif et non une réalité.
Des mesures floues et insuffisantes pour combattre les inégalités salariales et la précarité des femmes
La vice-présidente du MoDem propose des actions pour lutter contre ces inégalités. Actions qu'il conviendrait plutôt de renommer « pistes de réflexion » tant les contours de certaines sont flous :
- « renforcer les lois sur l'égalité salariale, quitte à pénaliser financièrement les entreprises coupables de discrimination ». Nous invitons le MoDem à étudier l'arsenal législatif qui existe déjà dans ce domaine (pas moins de cinq lois depuis 1983). Nous ne demandons pas prioritairement une énième loi mais pour commencer l'application des lois existantes. Nous rappelons à Mme de Sarnez que l’article 99 de la loi de 2010 de réforme des retraites a vidé la loi de 2006 de sa substance. Cette loi comportait pourtant des mesures coercitives intéressantes : c’est cette loi qu’il faut commencer par appliquer. Cela étant, au-delà de l’application des lois et règlements existants, des dispositifs davantage incitatifs à l’égalité salariale femmes-hommes peuvent être envisagés pour être réellement et rapidement suivis d’effets tangibles ;
- « lutter contre l'abus du temps partiel, en particulier dans certaines branches comme la grande distribution ». L'intention est bonne, mais concrètement, quelles mesures le MoDem compte-t-il mettre en œuvre pour lutter contre les temps partiels subis dans l’écrasante majorité par des femmes ? Et qu'en est-il des métiers dits féminisés ou à prédominance féminine, véritables trappes à précarité, dévalorisés socialement et financièrement ? Ces derniers ne se trouvent pas uniquement dans le secteur de la grande distribution mais dans nombre d’autres secteurs tels les soins à domicile, l’aide à la personne, etc.
- « supprimer les contrats à durée déterminée et faire des contrats à durée indéterminée la règle ». Les CDD sont légion, qui plus est en période de crise. Mais le CDI, s'il fournit une sécurité à long terme, peut être à temps partiels ou à horaires atypiques, être peu rémunéré, et au final ne pas être synonyme de sécurité ni de stabilité financière. L’idée de refaire du CDI le contrat de droit commun est bonne. Mais il faut aussi s'attacher à une augmentation significative des salaires (à commencer par le SMIC horaire et mensuel), à revaloriser socialement les métiers féminisés, à prendre en compte la pénibilité dans ces métiers, à instaurer des conditions de travail décentes et des perspectives d'évolution dans ces métiers.
Parité en politique : « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ! »
Les scrutins de liste, parce qu'ils obligent à une parité effective dans la présentation des candidat-e-s, sont un outil efficace pour permettre une plus grande représentation des femmes en politique. C'est pourquoi nous réclamons une généralisation de ce mode de scrutin. Marielle de Sarnez propose d'introduire une « dose de proportionnelle » pour l'élection des député-e-s, initiative que nous approuvons. Mais parce que la parité quantitative n'est pas suffisante, elle propose d'atteindre une parité que nous pouvons qualifier de qualitative : à savoir le respect de la « parité dans les nominations qui relèvent de l'exécutif (autrement dit le gouvernement) et dans les postes de responsabilité de l'administration et des grands organismes ».
L'initiative est louable. Mais qu'en est-il de la parité au sein même du MoDem ? Quantitativement, nous y sommes : son conseil national et son comité de conciliation et de contrôle sont paritaires. Mais le « Shadow Cabinet », autrement dit l'exécutif du parti, l'est déjà nettement moins : 8 femmes sur 26 membres. Une des premières actions seraient de mettre en œuvre les principes énoncés par Mme de Sarnez au sein même du mouvement centriste.
Une mesure forte pour lutter contre les violences
Les violences conjugales sont un véritable fléau, qui font des milliers de victimes par an en France. Le MoDem a pris la mesure de l'ampleur du problème, et propose « l'adoption d'une loi cadre, pour marquer les esprits et signifier l'implication de tous les pouvoirs – exécutif, législatif et judiciaire – inspiré de ce qui s'est fait en Espagne ». Concrètement, il s'agit d'améliorer la formation des acteurs sociaux, médicaux et judiciaires à l'accueil et au soutien des femmes victimes, de sensibiliser les jeunes aux formes de violences, de créer des appartements refuges, de donner plus de moyens aux juges pour éloigner l'homme violent des lieux fréquentés par la victime, et de l'astreindre à un suivi médical. Education, prévention et formation sont au rendez-vous de ce projet.
Nous regrettons cependant qu'il n'est pas été fait cas des violences sexuelles (75 000 femmes majeures violées chaque année en France), ni du système prostitueur. Rappelons que la prostitution est une violence qui s’exerce contre la personne prostituée. M. Bayrou, qui y voit une solution pour des hommes n'ayant d'autres choix, dans une interview accordée à l'Express le 15 avril 2011, semble ne l’avoir toujours pas compris.
Au final, une vision parcellaire des inégalités femmes-hommes
Les inégalités femmes-hommes trouvent leurs fondements dans la structure même de la société, patriarcale, où les femmes sont bien souvent reléguées au second plan. Le sexisme est partout : il nourrit les stéréotypes et les rôles sociaux auxquels nous devons nous conformer. Toutes les lois du monde ne pourront résoudre ces inégalités tant qu'on ne se sera pas attaqué aux fondements du patriarcat.
Le MoDem ne propose strictement rien pour lutter contre le sexisme ordinaire, alors que les pouvoirs publics ont un rôle essentiel à jouer sur ce terrain par la mise en œuvre d'une vraie politique de lutte contre le sexisme (avec par exemple des programmes d'éducation dès la prime enfance, des campagnes de sensibilisation, etc). Nous attendons des candidat-e-s à la présidentielle qu'elles et ils fassent preuve d'ambition en la matière.
En conclusion, même s’il est appréciable que la numéro 2 du MoDem s'exprime sur le sujet de l'égalité femmes-hommes, nous attendons de François Bayrou et de Marielle de Sarnez des mesures beaucoup plus concrètes et beaucoup plus ambitieuses. Nous attendons également des mesures singulièrement plus efficaces en ce qui concerne la lute contre la précarité des femmes et les inégalités salariales. Enfin,le MoDem doit prendre position sur les questions de la parentalité et du droit à disposer de son corps qui n'ont jusque-là été que peu ou pas abordés du tout par ce parti.
Claire SERRE-COMBE






